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19/10/2018

Solutions d'automne



Tout, paysage affligé de tuberculose,
Maurice de Vlaminck - Paysage
d'automne, ciel d'orage
Bâillonné de glaçons au rire des écluses,
Et la bise soufflant de sa pécore emphase
Sur le soleil qui s'agonise
En fichue braise...

Or, maint vent d'arpéger par bémols et par dièses,
Tantôt en plainte d'un nerf qui se cicatrise,
Soudain en bafouillement fol à court de phrases,
Et puis en sourdines de ruse
Aux portes closes.

- Yeux de hasard, pleurez-vous ces ciels de turquoise
Ruisselant leurs midis aux nuques des faneuses,
Et le linge séchant en damiers aux pelouses,
Et les stagnantes grêles phrases
Des cornemuses ?
Foujita - Chat en rond

La chatte file son chapelet de recluse,
Voilant les lunes d'or de ses vieilles topazes ;
Que ton delta de deuil m'emballe en ses ventouses !
Ah ! là, je m'y volatilise
Par les muqueuses !

Puis ça s'apaise
Et s'apprivoise,
En larmes niaises,
Bien sans cause...



Jules LAFORGUE


14/09/2015

Clair de lune - Jules Laforgue



Fresque du XVIe siècle,
 Cambia (Corse)



Penser qu'on vivra jamais dans cet astre,
Parfois me flanque un coup dans l'épigastre.

Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t'avances
Aux soirs d'août par les fééries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large
À travers les brisants noirs des nuages !


Oh ! monter, perdu, m'étancher à même
Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare 
Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Oeil stérile comme le suicide,
Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities
De nos incurables bureaucraties ;

Ô pilule des léthargies finales,
Infuse-toi dans nos durs encéphales !

Ô Diane à la chlamyde très-dorique,
L'Amour cuve, prend ton carquois et pique

Ah ! d'un trait inoculant l'être aptère,
Les coeurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d'inouïs déluges,
Qu'un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie,
Que je m'y lave les mains de la vie !



Jules LAFORGUE