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18/10/2018

Chant d'automne




Egon Schiele - Quatre arbres


Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va entrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L'échafaud qu'on bâtit  n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone, 
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part...
Pour qui ? - C'était hier l'été, voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.


Charles BAUDELAIRE - Les Fleurs du mal






15/11/2014

Automne malade



Egon Schiele - Arbres d'automne




Automne malade et adoré
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesses
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé
Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuile
                           Les feuilles
                           Qu'on foule
                           Un train
                           Qui roule
                           La vie
                           S'écoule



Guillaume APOLLINAIRE - Alcools